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 <title>Les blogs de Nations Unies Commission économique pour l&#039;Afrique</title>
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 <title>La sûreté et la sécurité maritimes et le développement en Afrique</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-10-10T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;10 Octobre 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/ocean-blog.jpg?itok=RVJLS8hC&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Maritime Safety, Security and Development in Africa&quot; title=&quot;Maritime Safety, Security and Development in Africa&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;           L’Afrique regorge de ressources naturelles, en particulier de ressources aquatiques et maritimes, dont tout le potentiel n’a pas encore été exploité aux fins de la croissance économique et du développement durable. Les Grands lacs africains renferment la plus forte proportion d’eau douce de surface du monde (27 %), ce qui leur donne une grande importance stratégique à l’échelle mondiale, d’autant plus qu’ailleurs les ressources en eau douce s’amenuisent. De fait, le lac Victoria est le troisième plus grand lac d’eau douce du monde, tandis que le lac Tanganyika est le deuxième plus grand lac du monde en termes de volume et de profondeur. Les poissons d’eau douce et de mer apportent une contribution vitale à la sécurité alimentaire et nutritionnelle de plus de 200 millions d’Africains et représentent une source de revenu pour plus de 10 millions d’autres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            Sur les 54 États que compte l’Afrique, 38 sont des États côtiers. Les zones maritimes sous juridiction africaine s’étendent sur près de 13 millions de km&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;, y compris les mers territoriales, et environ 6,5 millions de km&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; du plateau continental. On voit donc que les deux tiers de la superficie de l’Afrique se trouvent sous la mer, ce qui est énorme ! L’un des océans qui baignent notre continent, à savoir l’océan Indien, est le troisième plus important du monde, étant la voie de passage d’une grande partie des échanges mondiaux transportés par bateau. En raison de la forte dépendance des pays africains à l’égard du commerce international, le transport maritime est d’une importance cruciale pour le développement économique de notre continent. Au demeurant, plus de 90 % des importations et des exportations africaines sont transportées par voie maritime et quelques-uns des axes les plus stratégiques du commerce international se trouvent en Afrique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            C’est à juste titre que l’Union africaine, dans sa Stratégie maritime intégrée pour 2050, déclare que l’économie bleue ouvre de nouveaux horizons pour la renaissance du continent. Nos mers renferment un trésor caché qu’il nous faut dévoiler, protéger et exploiter afin de favoriser la transformation structurelle de notre continent. Le potentiel est d’une ampleur significative. En effet, l’économie maritime africaine représente aujourd’hui près de 70 % du PIB du continent, étant à l’origine des trois quarts environ des recettes budgétaires des États. En raison du développement des économies africaines, conjugué à une croissance démographique et une urbanisation rapides, on peut tabler sur une intensification de la pression exercée sur les côtes et les ressources marines. Le trafic portuaire continental devrait connaître une forte augmentation, passant de 265 millions de tonnes en 2009 à plus de 2 milliards de tonnes en 2040. Des ports plus sûrs et plus efficaces pourraient, d’une part, permettre le renforcement de l’intégration régionale en Afrique et, d’autre part, jouer un rôle crucial dans la mise en place de la Zone continentale de libre-échange. Ils permettraient également de renforcer l’industrie manufacturière émergente, fournir d’importantes recettes aux gouvernements et créer des emplois pour de nombreux Africains.  En sommes, la sûreté et la sécurité maritimes sont primordiales pour le développement de l’Afrique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            Il est bien connu que parmi les menaces qui pèsent sur la zone maritime africaine figurent la criminalité transnationale organisée, notamment le trafic d’armes et de drogue, la piraterie et les vols à main armée en mer, le mazoutage illégal, le vol de pétrole brut le long des côtes africaines, le terrorisme maritime, la traite d’êtres humains et le transport illégal par voie maritime de demandeurs d’asile. La pêche et la surpêche illicites, non réglementées et non déclarées, ainsi que des crimes écologiques comme les naufrages délibérés, les déversements intentionnels d’hydrocarbures et l’immersion de déchets toxiques constituent également des sujets de préoccupation majeurs. Le trafic de conteneurs constitue un autre problème de taille. En effet, étant donné que, chaque jour, plus de sept millions de conteneurs de toutes dimensions sont transportés à travers le monde, les responsables des ports et des services de douane ne sont guère en mesure d’en contrôler le contenu. L’expérience récente indique que ces conteneurs sont utilisés pour toutes sortes de transport clandestin, allant de terroristes à des produits interdits.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, la sûreté et la sécurité maritimes se heurtent à la vulnérabilité des cadres juridiques existants, au manque ou à l’insuffisance d’aides à la navigation, ainsi qu’à l’absence d’études hydrographiques modernes, de cartes nautiques à jour et d’informations sur la sécurité maritime dans plusieurs États africains.  Même là où ces lacunes n’existent pas, force est de reconnaître que, en haute mer, l’administration du domaine océanique est extrêmement difficile et que, à l’échelle régionale, l’ensemble hétéroclite de réglementations peut s’avérer d’une complexité qui n’est guère propice à leur application.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La plupart de ces menaces ont un caractère géopolitique et sont particulièrement complexes en raison de leurs multiples facettes et de leur interconnexion. Elles sont également très lourdes de conséquences. C’est ainsi que l’augmentation des actes de piraterie est devenue au cours des dernières décennies un important obstacle à la compétitivité des ports africains. Non seulement ces attaques entraînent un renchérissement du transport maritime vers l’Afrique, mais elles affectent aussi directement les flux de trafic portuaire, étant donné que les navires évitent les itinéraires considérés comme risqués. Leur impact a été particulièrement négatif, sous la forme d’une réduction du trafic en provenance et à destination des ports africains situés entre la mer Rouge et l’océan Indien, près des côtes somaliennes et dans le golfe de Guinée. Bien que les actes de piraterie commis dans le détroit de Malacca, au large de la Malaisie et de Singapour, soient beaucoup plus nombreux qu’au large de la Somalie, l’idée qui prévaut est tout autre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            Outre les pertes en vies humaines, en matériel et en coûts d’opportunité, le terrorisme maritime entraîne d’autres conséquences, en ce sens que toute instabilité politique dans un État côtier africain est susceptible de faire peser des menaces sur le trafic et la liberté de navigation à l’échelle mondiale, sans compter qu’il pourrait y avoir un effet de contagion à l’intérieur des terres.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette situation pourrait être à l’origine d’un cercle vicieux dans lequel les menaces et les impacts sont exacerbés notamment par l’instabilité politique, la corruption ou l’absence de contrôle gouvernemental, lorsqu’ils n’en sont pas la cause.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            L’importance stratégique de la sécurité de nos zones maritimes ne saurait être sous-estimée.  Pour réaliser le plein potentiel de l’économie bleue et faire face aux menaces et aux vulnérabilités d’aujourd’hui, il faut une approche globale et intégrée fondée sur des indicateurs combinés de mesure de la croissance et du progrès qui soient conçus de façon à établir un lien entre, d’une part, les succès économiques et, d’autre part, la gestion de l’environnement et des ressources naturelles, la responsabilité sociale, la bonne gouvernance et les plus hautes exigences de transparence.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            Lors de l’élaboration de cette approche, il nous faudra garder à l’esprit quelques idées fondamentales. En premier lieu, il nous faut évaluer nos richesses « bleues » dans le but de protéger cette importance ressource et d’optimiser sa mise en valeur et sa gestion aux fins d’une transformation structurelle et d’un développement durable sans exclusive. La Commission économique pour l’Afrique a récemment lancé une publication sur l’économie bleue, qui contient un guide complet et détaillé pour aider les pays et les organismes régionaux africains à mieux mesurer le vaste potentiel de l’économie bleue. Ce guide offre aux décideurs, aux organisations régionales, aux agents du développement et aux autres parties prenantes sur le continent et ailleurs un cadre opérationnel, une analyse comparative des expériences et d’autres orientations leur permettant de mieux intégrer les principes de l’économie bleue dans leurs plans de développement, leurs stratégies, leurs politiques et leur législation, afin de faire de la transformation structurelle une réalité.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En deuxième lieu, il nous faut privilégier la coopération régionale pour lutter efficacement contre les menaces qui pèsent sur la sécurité maritime.  Il faut renforcer la coordination et la réglementation à l’échelle transnationale pour combattre les diverses activités illégales menées sur de vastes zones et à travers les frontières, en prenant en compte la disparité des juridictions régissant les eaux territoriales, les zones économiques exclusives (ZEE) et la haute mer dans le contexte d’une mauvaise démarcation des frontières. Pour ce faire, il faudra renforcer les moyens d’observation, de contrôle et de surveillance dans ces différents espaces. Le rôle des organismes régionaux et sous -régionaux tels que l’Union africaine et les commissions économiques régionales serait crucial, tout comme le serait celui des autres mécanismes de coopération régionale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En troisième lieu, les liens et l’interdépendance entre les différents secteurs économiques, ainsi que les efforts visant à mieux répondre aux besoins des secteurs émergents revêtent un caractère incontournable. Il est tout aussi fondamental de prendre en compte les impératifs  liés aux changements climatiques  en accordant la priorité voulue à l’efficacité énergétique, aux modèles à faible empreinte carbone, à la promotion de l’équité, à la lutte contre l’exclusion sociale et à la création d’emplois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;            Les pays africains doivent relever pour évaluer, protéger et exploiter de manière optimale le potentiel qu’offre l’économie bleue en matière de transformation structurelle. Pour peu qu’elle soit bien sécurisée et judicieusement exploitée, notre économie bleue peut contribuer de manière significative à la transformation et à la croissance du continent, à une meilleure connaissance de la biotechnologie maritime et aquatique, à la croissance du secteur maritime à l’échelle du continent, au développement du transport et de la pêche en mer comme sur les cours d’eau et les lacs, et, enfin, à l’exploitation et à la mise en valeur des ressources minières et autres que recèlent les fonds marins.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;*Basé sur mon discours prononcé durant l’ouverture des évènements parallèlesdu sommet extraordinaire Sommet Extraordinaire de l&#039;Union Africaine sur la Sécurité et la Sureté maritimes et le Développement en Afrique, à Lomé le 10 octobre 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Mon, 10 Oct 2016 12:38:15 +0000</pubDate>
 <dc:creator>eskinder.tsegaye</dc:creator>
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 <title>Donner des ailes à l’intégration régionale de l’Afrique</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-09-14T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;14 Septembre 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/blogimage.png?itok=GPefGs4D&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Giving Wings to Africa’s Regional Integration&quot; title=&quot;Giving Wings to Africa’s Regional Integration&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Le monde s’habitue à de nouvelles formes d’interconnexion, et l’Afrique ne fait pas exception à la règle. Aujourd’hui, plus de 700 millions d’Africains sont abonnés à des services mobiles, nombre d’entre eux qui appartiennent à la classe aisée arborant même fièrement plus d’un téléphone cellulaire en signe d’un statut social nouvellement acquis. La multiplication des réseaux mobiles a transformé les communications, les entreprises ou les banques, leur faisant faire un bond inimaginable il y a seulement quelques années. Grâce à la technologie, de nouveaux modes d’intégration s’offrent à nous.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’aviation sera-t-elle, dans ce contexte, le prochain grand moteur d’intégration?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Malheureusement, même avec 15 % de la population de la planète, l’Afrique ne représente qu’une proportion relativement faible (en fait, moins de 3 %) du trafic aérien mondial. Pourtant, quoique réduit, le marché du transport africain se développe rapidement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le nombre de passagers du transport aérien international n’a cessé d’augmenter d’année en année depuis 2004, sauf en 2011 où il a connu une chute drastique due à l’instabilité politique dans certaines régions d’Afrique du Nord. Le nombre de passagers transportés par les compagnies aériennes africaines est passé de moins de 40 millions en 2004 à 73,8 millions en 2013. Celui des passagers effectuant des vols intérieurs dans la région a aussi considérablement augmenté, atteignant le chiffre de 28 millions de personnes en 2013&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt;. Cette croissance devrait se poursuivre. D’après les prévisions à long terme de Boeing pour la période 2014-2033, le trafic aérien en provenance et à destination de l’Afrique, entraîné par une conjoncture économique favorable, la croissance des liens commerciaux et une classe moyenne en essor, devrait croître d’environ 6 % par an au cours des deux prochaines décennies. Cette augmentation du trafic aérien se traduirait par une demande de 1 170 nouveaux avions, représentant une valeur de 160 milliards de dollars des États-Unis&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;. Cela étant, il faut juger sur pièce.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon le Groupe d’action des transports aériens&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt;, le secteur de l’aviation en Afrique a donné du travail à 6,8 millions de personnes et contribué à hauteur de 72,5 milliards de dollars au PIB du continent en 2014. Cela représentait 11 % des emplois et 3 % du PIB générés par le secteur à l’échelle mondiale.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ces évolutions encourageantes masquent cependant quelques-uns des obstacles majeurs que rencontre encore le secteur des transports aériens en Afrique. Le continent reste parmi les régions où il est le plus dangereux de prendre l’avion. Il est aussi à la traîne des autres régions concernant la libéralisation des airs, ses infrastructures aéroportuaires nécessitent toujours des investissements massifs et la formation d’un personnel qualifié y laisse toujours à désirer.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pérennisation des compagnies aériennes africaines représente un autre défi. Entre les années 70 et 80, on comptait environ 36 compagnies aériennes sur le continent et 26 d’entre elles effectuaient des vols intercontinentaux. Aujourd’hui, il n’en reste qu’à peine 12 pour assurer des liaisons intercontinentales. Au cours des deux dernières décennies, 37 nouvelles compagnies aériennes au total ont été lancées en Afrique, mais la quasi-totalité a fait long feu. La plupart des pays continuent d’agir en solitaire et pour des motifs qui sont loin d’être économiques. L’on s’emploie toujours en Afrique à créer ou à maintenir des compagnies de transport nationales, allant ainsi au contre-courant des tendances internationales. Il est vrai que la bonne performance des compagnies nationales du Moyen-Orient et du transporteur Ethiopian Airlines contredit les détracteurs des compagnies aériennes publiques, mais il s’agit là d’exceptions qui doivent être comprises dans leur globalité. Le trafic long-courrier du continent est, à 80%, dominé par des transporteurs non africains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En moyenne, un vol en Afrique coûte plus cher que partout ailleurs dans le monde. Des redevances d’atterrissage élevées, des taxes exorbitantes prélevées sur les billets d’avion, ainsi que des prix du kérosène au-dessus de la moyenne (de près de 30% plus élevés qu’en Europe) sont loin d’arranger la situation.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le secteur de l’aviation se caractérise par l’inégalité d’accès au financement. Les compagnies aériennes basées à Dubaï, à Abu Dhabi ou au Qatar auraient bénéficié au cours de la dernière décennie d’une foule d’avantages estimés à plus de 42 milliards de dollars, notamment un accès subventionné à des capitaux et à des infrastructures de première classe. L’aviation commerciale américaine bénéficie également, depuis 1918, d’un appui gouvernemental évalué à 155 milliards de dollars. Les compagnies aériennes africaines n’ont évidemment pas cette chance et doivent se débrouiller toutes seules. N’ayant pas la même facilité d’accès aux marchés des capitaux, et sans financement de crédit à l’exportation (qui peut couvrir jusqu’à 85 % du prix réel de l’aéronef) ou subventions d’assurance, elles n’ont d’autre choix que de financer la différence sur fonds propres ou de s’endetter à des taux d’intérêt dissuasifs auprès des banques commerciales, ou encore de louer des avions à un coût encore plus prohibitif. Les choix de financement laissés aux transporteurs africains réduisent leurs chances d’expansion. Aussi n’est-il guère surprenant de voir les grosses compagnies de transport accumuler les succès, y compris dans leurs activités en Afrique. Elles ont l’avantage de pouvoir s’agrandir rapidement et disposent d’un espace pour créer un marché à partir de rien, augmenter leurs parts de marché et continuer d’investir massivement dans les services et le marketing.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La connectivité intra-africaine est si médiocre que les passagers doivent souvent parcourir des milliers de kilomètres hors du continent juste pour trouver une correspondance pour certaines destinations sur le même continent. Seul un quart des itinéraires intra-africains est, de fait, desservi par une seule compagnie aérienne. Malgré l’accord signé à Yamoussoukro en 1999 par les États africains afin de libéraliser entièrement le marché régional, les mesures restrictives et protectionnistes, loin d’être levées, deviennent plutôt omniprésentes.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Quel serait un bon point de départ pour inverser la situation? En ce qui concerne les accidents, 2014 a marqué un tournant décisif. Alors que les catastrophes aériennes faisaient les gros titres de la presse cette année-là, les compagnies aériennes africaines ont affiché un bilan de zéro accident avec perte de l’aéronef par million de vols, contre 2,22 en 2013 et 4,63 en 2012&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt;. C’est encourageant et cela indique en même temps que les mesures régionales d’amélioration de la sécurité portent leurs fruits. Ethiopian Airlines montre déjà la voie à ses concurrents continentaux pour ce qui est de fixer des objectifs ambitieux, de les atteindre et de faire des profits. Avec 93 destinations sur les cinq continents, dont 53 en Afrique, l’avenir de la compagnie est prometteur. Après avoir enregistré une croissance phénoménale de 700% de son chiffre d’affaires depuis 2005, Ethiopian Airlines a prouvé sa capacité de faire face à la concurrence serrée. Cependant, aussi longtemps que l’Afrique ne parviendra pas à établir un marché unique du transport aérien et que les autres pays du monde continueront d’imposer des restrictions aux transporteurs africains tout en accueillant à bras ouvert leurs concurrents européens et du Moyen-Orient, la performance de la compagnie Ethiopian Airlines resterait une exception.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’Afrique doit s’orienter vers l’adoption d’un cadre réglementaire propice et intelligent de libéralisation de son espace aérien, si elle veut fonder un secteur aérien rentable et compétent au niveau mondial. Pour être véritablement concurrentiel, un secteur doit innover et placer les intérêts du continent au-dessus des considérations nationales. Une politique de ciel ouvert abaisserait les coûts des billets et augmenterait considérablement le nombre des voyageurs qui prennent l’avion. Selon l’IATA, déréglementer et libéraliser les services aériens africains dans 12 marchés clefs suffirait à créer 155 000 emplois et dégager 1,3 milliard de dollars de recettes&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les chiffres montrent que les accords « ciel ouvert » ont fonctionné dans d’autres régions. En Europe, par exemple, ils ont permis une augmentation exponentielle du nombre des routes aériennes et entraîné une baisse de 34 % des prix des billets. De fait, là où les pays africains ont libéralisé leur marché aérien, soit entre eux ou avec le reste du monde, des effets positifs s’en sont suivis. Par exemple, l’accord relatif à un marché aérien plus libéral conclu par l’Afrique du Sud et le Kenya au début des années 2000 s’est traduit par une hausse de 69 % du trafic de passagers. L’accord « ciel ouvert » de 2006 entre le Maroc et l’Union européenne a débouché sur une augmentation de 160% du trafic, suivie d’un quadruplement du nombre de routes aériennes entre les deux régions&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftn6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;. Il a suffi d’ouvrir une ligne aérienne à bas prix entre l’Afrique du Sud et la Zambie (Johannesburg-Lusaka) pour voir les tarifs baisser de 38 % et le trafic de passagers augmenter dans la même proportion. Le continent doit créer plus de possibilités de voyager par avion à peu de frais. En 2013, la pénétration des compagnies aériennes à bas prix en Afrique était la plus faible du monde, avec moins de 10 % du total du trafic aérien du continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans un monde interconnecté, voyager en avion n’est plus un luxe, mais une nécessité pour la prospérité d’un continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;----&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Publié le 12 septembre 2016 dans l&#039;édition en ligne du East African.&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt;&lt;hr align=&quot;left&quot; size=&quot;1&quot; width=&quot;33%&quot; /&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Chingosho, E. (2014). Quarante-sixième assemblée générale annuelle de l’Association des compagnies aériennes africaines. Rapport du Secrétaire général, 10 novembre 2014. Alger (Algérie).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Boeing Commercial Airplanes (2015). &lt;em&gt;Current market outlook.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref3&quot; title=&quot;&quot;&gt;[3]&lt;/a&gt; Groupe d’action des transports aériens (2016), rapport intitulé &lt;em&gt;Aviation: Benefits Beyond Borders&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref4&quot; title=&quot;&quot;&gt;[4]&lt;/a&gt; &lt;a href=&quot;http://mg.co.za/article/2015-03-11-think-african-jets-are-flying-coffins-these-numbers-will-prove-you-wrong&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;http://mg.co.za/article/2015-03-11-think-african-jets-are-flying-coffins-these-numbers-will-prove-you-wrong&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref5&quot; title=&quot;&quot;&gt;[5]&lt;/a&gt;IATA (2014), Communiqué de presse sur les avantages significatifs de la libéralisation des marchés africains du transport aérien. &lt;a href=&quot;http://www.iata.org/pressroom/pr/Pages/2014-07-07-01.aspx&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;http://www.iata.org/pressroom/pr/Pages/2014-07-07-01.aspx&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;file:///C:/Users/estsegaye/Desktop/webupdate/BLOG/Air%20travel%20blog%20-%20french%20final.docx#_ftnref6&quot; title=&quot;&quot;&gt;[6]&lt;/a&gt;InterVISTAS Consulting Ltd (2014).&lt;em&gt;Transforming Intra-African Air Connectivity: The Economic Benefits of Implementing the Yamoussoukro Decision&lt;/em&gt;. Document établi pour l’IATA en partenariat avec la CAFAC et l’Association des compagnies aériennes africaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Wed, 14 Sep 2016 07:44:00 +0000</pubDate>
 <dc:creator>eskinder.tsegaye</dc:creator>
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 <title>Compte rendu du livre: « Innovation Africa: Emerging Hubs of Excellence »</title>
 <link>https://archive.uneca.org/fr/es-blog/compte-rendu-du-livre-%C2%AB-innovation-africa-emerging-hubs-excellence-%C2%BB</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-08-12T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;12 Août 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/emerging-hubs2.png?itok=FdVY1lIB&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Book Review of: “Innovation Africa: Emerging Hubs of Excellence”&quot; title=&quot;Book Review of: “Innovation Africa: Emerging Hubs of Excellence”&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Au moment où l’Afrique ambitionne, dans le cadre de l’Agenda 2063, de s’attaquer à des défis de grande envergure (courbe démographique ascendante, industrialisation verte et mobilisation des ressources), l’innovation devrait être impérativement inclusive pour faciliter la création d’emplois décents, générer des investissements et contribuer à la transformation structurelle du continent. Arrivant sur le tard, l’Afrique a l’avantage de pouvoir brûler les étapes des préférences technologiques, tirer les enseignements des erreurs commises par les autres et modifier les pratiques d’une manière favorable à la durabilité et à l’inclusion. Mais la réussite à cet égard passe nécessairement par des politiques hardies.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce contexte, l’ouvrage « Innovation Africa: Emerging Hubs of Excellence » est une lecture incontournable. Les auteurs, Olugbenga Adesida, Geci Karuri-Sebina et João Resende-Santos, non seulement y mettent en évidence l’expérience africaine de l’innovation à ce jour, mais soulignent aussi le pouvoir de transformation du continent. Dès l’entame, ils rappellent au lecteur que l’Afrique &lt;em&gt;n’est plus ce qu’elle était dans le passé… Les innovations technologiques qui s’y dessinent aujourd’hui promettent de transformer les pays africains de pays qui échangent principalement des produits de base en pays qui échangent des produits à forte intensité de savoir&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les auteurs partent du principe que le discours populaire sur «l’éveil de l’Afrique» repose sur une vision extérieure (non africaine) de ce que le développement économique et les systèmes d’innovation signifient pour le continent. Cette vision pêche par sa méconnaissance de nombre des réalités, mais aussi des possibilités existant actuellement sur le continent. Le livre offre à la place une perspective rafraîchissante; un discours panafricain et un cadre prospectif pour relever les défis aussi bien du développement que du sous-développement, en tenant compte du contexte africain. Par exemple, les auteurs préconisent de mettre au point des systèmes d’innovation inclusive; de prendre le parti de l’autonomie contre celui de la dépendance et de renforcer les capacités humaines et institutionnelles, notamment les richesses de la culture africaine et son potentiel intérieur.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’importantes innovations provenant de centres d’excellence disséminés sur le continent sont décrites dans l&#039;ouvrage, à partir d&#039;un assortiment de neuf études de cas portant sur des sujets aussi variés que l’essor de Nollywood et la sidérurgie algérienne. Les facteurs de succès ainsi que les leçons apprises sont analysés et des recommandations concrètes formulées sur ce qui doit être fait différemment à l’avenir. Il apparaît clairement pour le lecteur que l’Afrique a la capacité et le potentiel d’innover et qu’il existe une multiplicité d’acteurs qui constituent le moteur de l’innovation. Ainsi, l’étude sur l’administration électronique appliquée avec succès par le secteur public de Cabo Verde montre comment une innovation concrète a réduit les coûts et la durée des procédures commerciales et a bien fonctionné dans un petit pays insulaire en développement. L’analyse de l’écosystème de l’innovation en matière de technologie mobile au Kenya montre comment une combinaison de politiques délibérées, de développement des infrastructures et de direction gouvernementale, a permis de créer l’environnement institutionnel et macroéconomique nécessaire à l’essor de l’innovation. L’histoire de Suame Magazine du Ghana illustre la façon dont le secteur informel et ses artisans ont joué un rôle clef dans l’émergence d’une zone industrielle spécialisée dans l’ingénierie et la fabrication, parmi les plus importantes du pays ; tandis qu’une étude sur l’industrie de résidus de palmier en Égypte met en évidence la façon dont l’innovation a transformé des sous-produits agricoles en un trésor local riche en avantages sociaux et économiques, fruit d’une initiative dirigée par le secteur universitaire en coopération avec le secteur privé et les collectivités locales.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La conclusion qui se dégage de ces analyses est évidente: pour mûrir, se développer et se valoriser, l’innovation doit être soutenue par un écosystème favorable. Beaucoup reste à faire pour que l’Afrique puisse tirer pleinement parti des systèmes d’innovation et rivaliser avec les autres régions dans la nouvelle économie mondiale. L’ouvrage en revanche propose un menu de politiques volontaristes propres à accélérer le rythme de l’innovation sur le continent, ce qui en fait un trésor unique pour les responsables politiques, les universitaires, les chefs d’entreprises et le grand public.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous avons à portée de main d’intéressantes possibilités de faire de l’Afrique le continent de l’avenir. Il suffit d’être attentif aux messages que délivre cet ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Thu, 11 Aug 2016 07:57:29 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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 <title>Les débats sur la migration sont en train de devenir illogiques*</title>
 <link>https://archive.uneca.org/fr/es-blog/les-d%C3%A9bats-sur-la-migration-sont-en-train-de-devenir-illogiques</link>
 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-07-15T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;15 Juillet 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Cette année, les garde-côtes italiens ont déjà secouru plus de 30 000 personnes en Méditerranée, faisant preuve de courage, de compassion et d’efficacité. Ils méritent la reconnaissance de l’Afrique car un grand nombre des survivants viennent du continent. L’an dernier, plus d’un million de personnes ont traversé la Méditerranée pour se rendre en Europe et beaucoup l’ont fait en passant par l’Italie. Ce nombre est beaucoup plus important que celui des années précédentes. En effet, 68 % de ces personnes venaient de Syrie, d’Afghanistan, d’Irak et du Pakistan. Dans les dix premières nationalités représentées, il y a seulement une seule nationalité africaine sur dix. Frontex, l’agence européenne chargée de la question, reconnaît que le nombre de migrants irréguliers en provenance d’Afrique est minime en comparaison avec les arrivées régulières.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La dimension humanitaire associée à ces récentes évolutions présente malheureusement des similitudes avec le phénomène des « boat people » ayant cherché asile en Amérique du Sud ou en Australie, ou ayant traversé les mers de Chine méridionale,  d’Andaman, Égée ou encore la mer Rouge. Au cours de l’histoire, les navires n’ont pas seulement été utilisés pour explorer de nouveaux territoires ou pour le commerce. Les migrations sont depuis bien longtemps des usages pour les navires.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les mouvements de migrants sont normalement comptabilisés en termes de nationalités et de papiers d’identité. Mais le phénomène précède les frontières territoriales modernes; en effet, de nombreux mouvements migratoires ont contribué à les délimiter. Ainsi est-il indispensable d’avoir un sens de l’histoire pour comprendre la complexité de la mobilité des êtres humains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon les statistiques officielles, 250 millions de personnes vivent actuellement hors de leur pays d’origine. Cependant, rien qu’entre 1846 et 1940, environ 50 millions d’Européens sont partis vers les Amériques. Un plus grand nombre d’Européens se sont déplacés vers d’autres parties du monde depuis. Il est donc intéressant de mettre en perspective le nombre d’Africains associés à la perception actuelle d’un «raz-de-marée». Selon les données des Nations Unies, les Africains représentent 8,5 % de ces 250 millions. En Europe, le chiffre se situe légèrement au-dessus de 9 millions. Pour un continent d’environ 1 milliard d’habitants, cela signifie l’équivalent de 0,9 % de la population.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En fait, la plupart des migrants Africains se déplacent vers d’autres pays africains. Le continent  a les plus hauts niveaux de migration intracontinentale du monde entier. En dépit des nombreuses limitations qui entravent l’intégration régionale, la mobilité humaine progresse bien en Afrique. À la lumière des nouveaux changements démographiques, les jeunes Africains communiquent, ont un meilleur accès au transport et ont moins le sens de la rigidité territoriale que leurs parents. Cette tendance est universelle. Lors du récent vote « Brexit » du Royaume-Uni, comme dans de nombreux autres pays industrialisés où les populistes font pression en faveur des prises de position anti-migrants, les jeunes ont voté massivement en faveur de la diversité et de l’intégration. Malheureusement, dans ces pays, les personnes âgées ont été convaincues que leur mode de vie était menacé par les migrants. Tout spécialiste ou citoyen bien informé sait pourtant qu’il s’agit du contraire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Permettez-moi de m’attarder d’abord sur les raisons pour lesquelles les gens quittent l’Afrique, avant de procéder à une évaluation des avantages de la migration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Chaque expérience d’industrialisation réussie a provoqué des mouvements démographiques. La plupart du temps en direction des nouveaux centres de production, mais pas toujours. De nombreux facteurs influencent le comportement humain et connaître le contexte sociologique permettrait de déterminer quelles sont les franges de la population à la recherche d’échanges et d’interaction au-delà de leurs frontières.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La Chine a vu partir près de 10 millions de migrants durant la récente période de boom économique. Selon le numéro de The Economist du 9 juillet, «l’exode extraordinaire des citoyens chinois est l’une des tendances les plus marquantes de ces dernières décennies». Ces migrants ont quitté la Chine pour diverses raisons, comme d’autres avant eux. Et comme les Africains continueront certainement à le faire, en dépit d’une forte croissance. La situation des Indiens migrant vers les Émirats Arabes Unis n’est pas différente. Les Mexicains vont aux États-Unis d’Amérique, les Indonésiens en Australie, eux aussi malgré une forte croissance. Pourquoi l’Afrique serait-elle différente?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ambition n’est pas la seule cause de la migration. Beaucoup sont obligés de partir parce qu’ils sont dans une situation de désespoir. Les conflits provoquant de lourdes pertes ont augmenté de manière significative au cours des six dernières années sur le continent. Ils sont principalement associés au terrorisme. Les attaques imputables à des mouvements religieux radicaux ont augmenté de 300 % depuis 2009. L’exclusion de certains groupes sociaux est devenue le plus gros problème de gouvernance auquel l’Afrique doit faire face. Les sociétés pastorales sont particulièrement affectées car elles ont peine à s’adapter à l’urbanisation rapide et à la croissance des services dans l’économie. Le Haut-Commissariat aux réfugiés estime qu’environ 14 millions d’Africains sont dans une situation préoccupante, soit le plus grand nombre depuis le début de la compilation de statistiques à cet égard.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les opportunités en Afrique même se sont aussi avéré insaisissables pour certains, qui ont été expulsés par d’autres Africains. Depuis l’indépendance, des pays africains ont expulsé d’autres Africains à 35 reprises. Ce manque d’acceptation font qu’un voyage par-delà les mers reste dangereux, mais avec un plus grand potentiel d’attraction.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il existe aussi des Africains éduqués qui prennent l’avion au lieu de traverser le désert en camionnette ou de naviguer sur des embarcations de fortune. Un diplômé universitaire sur six trouve un moyen de sortir de son pays d’origine, ce qui fait que le nombre de migrants africains instruits est surprenant. Les gens hautement qualifiés ne représentent que 3 % de la population active de l’Afrique, mais 35 % des nouveaux migrants quittant le continent. Cela explique en partie pourquoi les envois de fonds continuent d’augmenter, atteignant 71 milliards de dollars l’année dernière, soit plus de 4 % du PIB combiné du continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De façon générale, les Africains n’ont pas une perception négative des migrations. L’inconscient collectif n’a pas oublié les 12 millions d’esclaves déplacés de force vers les Amériques, ainsi que d’autres mouvements de traite d’esclaves, moins connus mais aussi importants, vers l’Arabie et l’Inde. En comparaison, ils s’attendent à ce que les flux actuels soient traités avec la solidarité promise dans les déclarations des droits de l’homme. Le nombre actuel de migrants africains étant si peu élevé en comparaison, comment expliquer l’inquiétude croissante, presque hystérique, qui entoure ce sujet?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La démographie mondiale évolue si vite qu’il est impossible de maintenir les modes de distribution de la richesse auxquels nous nous sommes habitués. Il est difficile de démontrer aux régimes politiques que l’austérité ne résoudra pas le double problème d’un fort endettement et du vieillissement de la population. La majorité des pays fortement endettés font aussi face au défi structurel du vieillissement de leur population.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans environ deux mois, le 21 septembre prochain, le Japon célébrera sa Journée Nationale du respect des personnes âgées, durant laquelle plus de 30 000 citoyens seront félicités pour leur 100&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire. Ils se joindront à 31 000 autres centenaires honorés avant eux. L’accélération de la courbe des âges est si dramatique au Japon qu’en 2025, les dépenses de santé augmenteront de 70 %, les soins à domicile de 160 % et les pensions de 40 %. Actuellement, un Japonais sur quatre est âgé de plus de 65 ans, la population active – malgré une élévation de l’âge de la retraite – diminuera au cours des 40 prochaines années pour être ramenée aux niveaux des années 50. Cependant, un défi plus important surgit à l’horizon: la dette nationale, qui représente déjà 240 % du PIB.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les uns après les autres, les pays d’Europe sont confrontés à un déficit similaire de main-d’œuvre et, donc, de contributeurs potentiels à la sécurité sociale et à la consommation. En Europe, le ratio moyen de la dette au PIB est bien au-dessus de 100 %. Ce poids de la dette touche une population qui risque de voir le nombre total de décès supérieur de 63 millions au nombre de naissances d’ici à 2050. Même si la projection nette des migrants arrivant en Europe est maintenue à 31 millions pendant cette même période, la population sera toujours réduite de 32 millions. Comme au Japon, un quart de la population est déjà âgée de plus de 65 ans. En 2050, si les tendances se maintiennent, les personnes âgées de plus de 65 ans représenteront précisément 65 % de la population. Qui peut croire que l’austérité diminuera, d’elle-même, avec la crise actuelle?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En République de Corée, la société la plus robotisée au monde, on se fait à l’idée que les robots ne résoudront pas le problème du vieillissement. La mentalité du «lien par le sang» cède petit à petit la place à l’acceptation de la migration. Après tout, les robots ne contribuent pas à la sécurité sociale. Jasmine Lee, née aux Philippines, est la première députée d’éthnie non-coréenne à être élue à l’Assemblée nationale, faisant ainsi tomber des barrières qui existaient depuis très longtemps. La Chine devra elle aussi faire face au vieillissement de sa population. En Chine, la richesse actuelle par habitant équivaut à celle du Japon au début des années 70, mais on assiste déjà à une diminution de la main d’œuvre.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Contrairement à bon nombre de leurs partenaires, l’Afrique et l’Inde seront un «réservoir» de jeunes. Les pessimistes malthusiens doivent envisager l’avenir avec les caractéristiques qu’il est susceptible d’avoir et non avec celles connues aujourd’hui. Le boom démographique de l’Afrique doit être considéré comme faisant partie du potentiel du continent. Les dirigeants africains devraient néanmoins être conscients que la confiance des Africains dépendra des investissements faits en faveur du capital humain. Il n’y a aucune Terre promise dans le monde sans travail et stratégie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Qui dit migrations internationales dit liaisons transfrontières: les liens qui unissent les pays d’origine et d’accueil sont un aspect important de l’expérience migratoire, aussi bien aujourd’hui que durant les précédentes périodes de migration. Autrefois qualifiés de «déracinés», les migrants sont désormais appelés, avec plus de sensibilité, des « transnationaux », le résultat d’études soulignant la façon dont les migrations internationales ignorent les frontières nationales pour établir tout un ensemble de connexions transfrontalières dynamiques. Aucun mur, peu importe où qu’il soit érigé dans le monde, ne dissuadera une telle tendance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’amélioration des taux d’alphabétisation, des transports, des TIC et des infrastructures publiques au cours du siècle dernier a influencé de façon significative la migration et la connectivité sociale transnationale et vice-versa.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les envois de fonds par les migrants vers les pays en développement sont substantiels (deuxième plus grande source de financement du développement après les investissements directs étrangers), ils sont en hausse (augmentation de près de 100 % entre 1999 et 2004), ils sont stables (avec moins de volatilité que les flux du marché des capitaux ou l’aide au développement) et ils ne nécessitent pas le paiement d’intérêts ou d’indemnités forfaitaires. Les envois de fonds ne pourront toutefois, à eux seuls, éliminer les obstacles structurels à la croissance économique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Selon une vision plus optimiste, les migrants serviraient de passerelles ou de connecteurs, permettant l’accès aux marchés, aux sources d’investissement et à l’expertise, tout en contribuant à instaurer un débat public, à articuler des plans de réforme et à mettre en œuvre des réformes et de nouveaux projets. La perspective selon laquelle les migrants perdraient les liens avec leur identité d’origine fait désormais place à la nouvelle réalité des individus agrégeant de nouvelles identités à leurs originaux. Les migrants sont en train d’acquérir des compétences cosmopolites. Ils vivent à l’ère de Skype, de Viber et de WhatsApp.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’écrasante majorité de la population mondiale obtient sa nationalité de son lieu de naissance. Il n’y a pas de doute que, dans le monde inégal d’aujourd’hui, le fait d’avoir une nationalité donnée offre à certains des privilèges et des opportunités qui sont refusés à d’autres. L’obtention de privilèges selon de tels critères, somme toute, arbitraires va à l’encontre de la pratique dans presque toute autre forme de vie sociale organisée. Il existe de nombreux exemples de lois appliquées à travers le monde pour assurer l’égalité des chances. Le droit acquis à la naissance est-il une sorte de droit comme l’héritage, ou plutôt une loterie?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au vu des arguments avancés ci-dessus, vous constaterez que la migration semble être coincée dans une catégorie qui ne suit ni la logique, ni les droits, ni même la décence. Il faut sortir de ce dilemme.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les institutions africaines devraient-elles ouvrir la voie? L’Afrique peut-elle donner l’exemple?&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;*Basé sur mon discours prononcé durant la 27&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; session du Conseil Exécutif de  l’Union africaine à Kigali, le 13 juillet 2016&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Fri, 15 Jul 2016 06:08:44 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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 <title>L’économie bleue en Afrique : Une opportunité à ne pas rater*</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-06-20T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;20 Juin 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/blue_economy_pic.jpg?itok=fUwrEJ9Y&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;L’économie bleue en Afrique : Une opportunité à ne pas rater&quot; title=&quot;L’économie bleue en Afrique : Une opportunité à ne pas rater&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Le « monde bleu » se compose en Afrique d’un vaste réseau de lacs, de rivières et d’étendues marines riches en ressources naturelles. Trente-huit des 54 pays que compte l’Afrique sont des États côtiers. Plus de 90 % des importations et des exportations africaines transitent par la mer, et plusieurs des corridors commerciaux les plus stratégiques de la planète sont situés en Afrique, renforçant le poids géopolitique du continent. Les eaux territoriales sous juridiction africaine totalisent quelque 13  millions de kilomètres carrés, et le plateau continental s’étend sur environ 6,5 millions de km². Avec une superficie d’à peine 1 850 km², Maurice est l’un des plus petits pays d’Afrique et au monde, mais ses eaux territoriales en font un pays de 1,9  million de km², la taille de l’Afrique du Sud. Autrement dit, sous la mer existe une autre Afrique. C’est donc à juste titre que l’Union africaine qualifie l’économie bleue de « nouvelle frontière de la renaissance de l’Afrique ».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les étendues marines et aquatiques de l’Afrique deviennent un thème incontournable du discours politique ; les ressources naturelles qu’elles recèlent sont largement sous-exploitées, mais leur contribution potentielle à un développement durable et inclusif est désormais reconnue. Le « monde bleu » est plus qu’un paramètre de l’économie — il appartient au patrimoine géographique, social et culturel de l’Afrique. Pour le mettre au service de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain, il importe de mieux réaliser les immenses potentialités d’un investissement et d’un réinvestissement dans les domaines marin et aquatique du continent, et les bénéfices à tirer du paradigme d’un développement bleu durable qui tournerait le dos aux prélèvements illégaux, à la dégradation de l’environnement et à l’épuisement des ressources naturelles. Exploitée à fond et correctement gérée, l’économie bleue peut constituer une source de richesse capitale, et catapulter le continent sur la voie du développement durable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les économies africaines continuent de croître à un rythme remarquable, grâce notamment à l’exploitation et à la commercialisation des abondantes ressources naturelles terrestres dont est doté le continent. Mais il faut penser autrement si l’on veut convertir cette croissance en progrès durable, associant répartition inclusive de la richesse et respect de l’environnement, et prenant en considération les plus grandes exigences sociales. Cette ambition implique aussi la création d’emplois de qualité pour répondre à la croissance démographique, grâce à une diversification de l’économie et à des stratégies explorant les nouvelles frontières du développement et de l’innovation. L’économie bleue en offre l’occasion. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime par exemple que l’énergie renouvelable des océans pourrait satisfaire 400 % de la demande mondiale actuelle d’électricité. En 2010, selon d’autres estimations, le chiffre d’affaires des activités liées au monde de la mer s’est élevé à 1  500  milliards d’euros, et il se montera chaque année à 2 500 milliards d’euros à l’horizon 2020. L’Afrique doit à l’évidence adopter des stratégies holistiques et cohérentes pour exploiter le plein potentiel de l’économie bleue.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’économie bleue peut jouer un rôle essentiel dans la transformation structurelle de l’Afrique, la croissance économique durable et le développement social. Elle concerne toutes les étendues d’eau, y compris les lacs, les cours d’eau et les nappes souterraines, sans oublier les mers et les côtes. Les principales branches de l’activité économique de l’Afrique basée sur les ressources marines et aquatiques sont aujourd’hui la pêche, l’aquaculture, le tourisme, les transports, le secteur portuaire, le secteur minier et le secteur de l’énergie. Mais l’approche de l’économie bleue insiste aussi sur les interconnexions entre ces activités et les autres secteurs, elle prend en compte les filières émergentes et porteuses d’avenir, et elle intègre d’importantes considérations sociales comme l’égalité hommes-femmes, la sécurité alimentaire et l’accès à l’eau, la réduction de la pauvreté, la préservation des ressources ou encore la création d’emplois.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche du développement de l’économie bleue que nous prônée dans la nouvelle publication de la CEA* se fonde sur un usage durable et une gestion conservatoire des écosystèmes aquatiques et marins et des ressources qui leur sont associées. Elle se réfère aux principes d’équité, de faible bilan carbone, d’efficacité énergétique, d’inclusion sociale et de développement sur une base élargie, avec la création d’emplois comme centre de gravité. Elle mise sur un processus déterminé de coopération et d’intégration régionales, elle considère la transformation structurelle du continent comme un impératif du développement de l’Afrique, et elle préconise une rupture totale avec les modèles de développement enclavé. Au contraire, en améliorant ses connexions avec les autres secteurs d’activité, l’économie bleue consacre les secteurs liés aux mers et aux eaux comme chaînon des services écosystémiques intégrés, basé sur l’exploitation des ressources biologiques et non biologiques, au bénéfice de tous les États qu’ils soient côtiers, insulaires ou enclavés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ses ressources biotiques doivent inciter l’Afrique à développer la pêche, l’aquaculture et la mariculture, et elles ouvrent de prometteuses perspectives aux industries chimiques, pharmaceutiques et cosmétiques. L’extraction minière et les nouvelles sources d’énergie sont les fondements d’une industrialisation basée sur l’exploitation des ressources naturelles, et elles placent l’Afrique au cœur du commerce mondial des produits à valeur ajoutée, au lieu du rôle de simple fournisseur de matières premières brutes. Au cœur de ce scénario figure la nécessité de moderniser la logistique et le transport maritimes, les infrastructures portuaires et ferroviaires. Il s’agit d’améliorer leur fiabilité et leur efficience, avec le souci de tisser des liens entre l’économie du continent et les chaînes de valeur nationales, régionales et mondiales, tout en promouvant le tourisme et les activités de loisirs, pour ne citer que ces secteurs. L’Afrique offre de salutaires exemples de coopération aboutie entre pays maritimes, côtiers et riverains, ou de résolution pacifique des litiges. Ces modèles comptent des cas de délimitations et démarcations transnationales du domaine maritime. Une approche collaborative de la mise en œuvre de l’économie bleue permettra une formulation commune d’une vision partagée de la transformation socioéconomique du continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’approche de l’économie bleue comme moteur du développement est inscrite dans le projet de l’Union africaine intitulé « Agenda 2063 — L’Afrique que nous voulons ». Nous observons que de plus en plus d’États africains formulent des stratégies d’économie bleue pour diversifier leurs économies et catalyser la transformation socioéconomique, en se basant sur leur expérience acquise de mise en œuvre des principes de l’économie verte pour une transition vers une économie bas carbone.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;Basé sur l’avant-propos de *&lt;a href=&quot;http://www.uneca.org/sites/default/files/PublicationFiles/blue_economy_policy_handbook_fre.pdf&quot;&gt;L’économie bleue en Afrique : guide pratique&lt;/a&gt;. Une version abrégée de ce blog a été publiée, en anglais, par le Centre de développement de l’OCDE &lt;a href=&quot;https://oecd-development-matters.org/2016/06/07/africas-blue-economy-an-opportunity-not-to-be-missed/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;https://oecd-development-matters.org/2016/06/07/africas-blue-economy-an-opportunity-not-to-be-missed/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Mon, 20 Jun 2016 06:27:39 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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 <title>Il ne nous faut surtout pas laisser échouer la Zone de libre-échange continentale </title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-05-24T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;24 Mai 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/african-trade-focus2.jpg?itok=hezdhlLX&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Il ne nous faut surtout pas laisser échouer la Zone de libre-échange continentale &quot; title=&quot;Il ne nous faut surtout pas laisser échouer la Zone de libre-échange continentale &quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Le lancement du processus de négociation de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) par les dirigeants de l’UA en juin 2015 à Johannesburg, marque un jalon important. Une fois qu’elle sera mise en place, la Zone de libre-échange couvrira plus d’un milliard d’habitants, avec un PIB continental de plus de 3 000 milliards de dollars des États-Unis.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La bonne mise en œuvre de la ZLEC permettra aux membres de réaliser leur potentiel de développer et d&#039;intensifier le dynamisme du commerce intra- africain, notamment l&#039;objectif déclaré d&#039;accroître le commerce intra-africain de 50 % d&#039;ici 2022. Le commerce entre pays africains s’élève actuellement en moyenne à 16 %, alors que le commerce entre pays est de 70 % pour l’Europe, de 50 % pour l&#039;Asie et de 21 % pour l&#039;Amérique latine.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est un fait que la structure des échanges intra-africains est beaucoup plus diversifiée que celle des échanges extra africains, avec le secteur manufacturier représentant 67 % des exportations, contre 32 % pour les exportations vers l&#039;Europe, 18 % vers les États-Unis et 14 % vers la Chine. Stimuler le commerce intra-africain est donc d’une importance cruciale pour assurer la transformation structurelle, des emplois productifs et une croissance inclusive pour l&#039;Afrique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Ce potentiel ne peut être exploité en raison de la structure tarifaire actuelle qui fait qu&#039;il est moins coûteux pour les pays africains d&#039;exporter vers un partenaire commercial extérieur que vers un pays du continent. Le niveau de protection tarifaire en Afrique s’élève en moyenne à environ 8,7 %, mais il est de 2,5 % seulement pour le reste du monde. Ce problème sera aggravé du fait de l’évolution actuelle vers des accords commerciaux réciproques mais asymétriques, tel qu&#039;impliqué par la pleine application des Accords de partenariat économique (APE), conclus récemment. Si les APE sont pleinement appliqués avant l’entrée en vigueur de la ZLEC, il sera toujours relativement plus intéressant pour les pays africains d&#039;exporter vers l&#039;Europe que vers un autre pays, ce qui aura pour effet de renforcer un régime commercial qui n&#039;a guère évolué au cours des six décennies qui ont suivi les indépendances.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Par ailleurs, selon une modélisation économique effectuée à la CEA, les méga-accords commerciaux régionaux (MIRTA) à savoir, le Partenariat transpacifique des pays du pourtour du Pacifique, le Partenariat économique global régional des pays asiatiques, le Partenariat transatlantique de commerce et d&#039;investissement entre l&#039;Europe et les États-Unis – pourraient faire perdre aux pays africains des parts de marché du fait de l&#039;érosion des préférences et des pressions de la concurrence. Le déclin programmé du commerce africain dans ces régions, ne sera atténué que si l&#039;Afrique met en œuvre ses propres méga-accords commerciaux régionaux sous la forme de la ZLEC. Nous devons être réalistes : il est maintenant évident que les réformes du commerce mondial menées dans le cadre du Cycle de négociations de Doha sous l’égide de l’OMC, ne se concrétisent pas. Voilà pourquoi l&#039;Afrique doit agir et le faire maintenant. La question est donc : est-ce que nous agissons assez rapidement ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La date indicative pour la finalisation de la ZLEC est octobre 2017. Beaucoup de progrès ont été accomplis pour préparer la voie aux négociations, il faut néanmoins une stratégie bien conçue pour la gestion des négociations de la ZLEC, si nous voulons respecter la date butoir. Prenant en considération le fait que 54 pays participent aux négociations, chacun avec des capacités et des intérêts différents, la tâche ne sera pas aisée. Les accords devraient avoir une large portée, couvrir le commerce de biens, le commerce des services, l&#039;investissement, les droits de propriété intellectuelle et la politique de la concurrence. C’est une grande ambition. Il ne s’agit de rien de moins que d’instaurer un régime commercial panafricain unique à partir des régimes actuels multiples et qui se chevauchent, si nous avons à l’esprit la formation éventuelle d&#039;une union douanière à l&#039;échelle de l&#039;Afrique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l&#039;Afrique veut réussir, elle a vraiment besoin d&#039;une stratégie. Quelle forme cette stratégie devrait-elle prendre ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Premièrement, il est nécessaire d&#039;avoir un projet de modèle d&#039;accord qui servira de base aux négociations. Cela permettra de gagner un temps considérable car les États membres n’auront pas à élaborer et à échanger des projets de textes de négociation, mais travailleront plutôt à partir d&#039;un modèle panafricain exprimant les aspirations du Traité d&#039;Abuja. Compte tenu des différences actuelles considérables en ce qui concerne la capacité technique de négociation, un projet de modèle d’accord permettra d’uniformiser les règles du jeu en veillant à ce que chaque pays ait la possibilité d&#039;étudier et de revoir ce modèle d&#039;accord et de formuler des positions de négociation en connaissance de cause. Cela aidera à réaliser le consensus et à atteindre un niveau d&#039;ambition plus grand que ce qui a été observé récemment.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Deuxièmement, le projet de modèle d&#039;accord devrait inclure les huit principales étapes qui peuvent être facilement effectuées d&#039;ici à octobre 2017 : i) un accord sur le commerce de biens, qui est la condition sine qua non pour qu’une quelconque zone de libre-échange puisse techniquement exister ; ii) un accord-cadre sur le commerce de services, en raison de l&#039;importance des services pour le commerce de biens et leur poids de plus en plus important dans le PIB continental, avec un programme convenu pour la libéralisation progressive des divers secteurs de services ; iii) un accord spécial sur l&#039;agriculture ; iv) un pilier industriel pour s’assurer que des dispositions spéciales soient incluses dans l&#039;accord, conformément à l&#039;impératif de développement industriel ; v) des règles, dès le départ pour un domaine d&#039;investissement commun afin de compléter une zone commerciale de libre-échange à l&#039;échelle de l&#039;Afrique; donner la priorité aux liens en amont et en aval englobant à la fois l&#039;agriculture et l&#039;industrie et éviter le nivellement par le bas à mesure que les pays africains rivalisent pour offrir des incitations à l&#039;investissement ; vi) des recours commerciaux et des mécanismes de règlement des différends, notamment un cadre de politique en matière de concurrence, dès le départ, pour réglementer les pratiques commerciales déloyales ; vii) des dispositions sur la facilitation du commerce et la coopération douanière afin d’améliorer l&#039;efficacité aux frontières et viii) des arrangements institutionnels pour la mise en œuvre, qui exigeront la création d&#039;un secrétariat de la ZLEC chargé de surveiller la mise en œuvre de l&#039;accord.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;C’est faisable, encore que faire de la ZLEC une réalité ne soit pas une entreprise facile. Mais l&#039;utilisation d&#039;un projet de modèle d’accord durant les négociations, augmentera les chances de succès et permettra d&#039;atteindre l&#039;objectif plus rapidement. Cependant, pour assurer la crédibilité politique, une telle approche requiert un soutien institutionnel à un haut niveau.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Une décision politique est nécessaire pour faire en sorte que les négociations de la ZLEC aient la priorité sur toutes les autres négociations commerciales intra-africaines et extra-africaines. Cela permettra d&#039;atténuer les pressions sur les capacités et les ressources financières mais également et surtout, de s&#039;assurer que le processus de la ZLEC aboutisse à un résultat panafricain, avec un espace économique unique et des règles communes en matière de commerce et d&#039;investissement.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le temps presse pour l’Afrique. Si le premier projet phare de l&#039;Agenda 2063 venait à ne pas se matérialiser, nous nous retrouverions dans de très graves difficultés. &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Tue, 24 May 2016 05:58:06 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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 <title>Combattre la corruption en Afrique dans une bonne optique*</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-04-26T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;26 Avril 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/blog-bribery.png?itok=Hsit4HcA&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Combattre la corruption en Afrique dans une bonne optique&quot; title=&quot;Combattre la corruption en Afrique dans une bonne optique&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;La gouvernance et la corruption sont des questions à controverse qui revêtent une grande importance pour le développement durable. La promotion de la transformation structurelle requiert plus qu’une politique et une stratégie nationales pour opérer efficacement dans un monde de plus en plus globalisé. La mondialisation continue de modifier les trajectoires de croissance des pays, avec de graves conséquences pour les pauvres, notamment en affectant leur accès aux moyens de production et aux marchés. Les pays africains se doivent de traduire les possibilités offertes par la mondialisation en croissance inclusive, en réduction accrue de la pauvreté et en développement durable. Toutefois, l&#039;intégration dans les marchés mondiaux comporte certains risques, les pays devenant plus sensibles aux tendances mondiales, par exemple les pratiques de corruption des sociétés multinationales et d&#039;autres parties intéressées extérieures.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un certain nombre d&#039;indicateurs a été mis au point pour évaluer les niveaux de corruption en Afrique. Certaines de ces mesures, notamment l’Indice de perception de la corruption, les Indicateurs de gouvernance de la Banque mondiale, l&#039;Indice Mo Ibrahim de la gouvernance africaine et Afrobaromètre, font autorité car elles déterminent les politiques étrangères, les décisions d&#039;investissement et l&#039;allocation de l&#039;aide, ainsi que l&#039;analyse du risque pays sur le continent. Les pays africains sont « nommés et couverts d’opprobre ». Toutefois, compte tenu des lacunes des méthodologies de mesure, on ne saurait se limiter à un seul indicateur de la corruption. Il est impérieux de s’attaquer au problème de la corruption en Afrique dans sa totalité, sans occulter les aspects de rapatriement des avoirs et de blanchiment d&#039;argent. En effet, il devrait être clair que ceux qui détournent les fonds et les deniers publics et les receleurs de ces ressources sont au même titre coupables d&#039;alimenter la corruption sur le continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La tendance actuelle en matière de mesure de la corruption sur le continent est de privilégier la perception de l&#039;ampleur du phénomène par des individus. S’il est important de tenir compte des expériences individuelles et diverses, le fait de se focaliser sur des individus uniquement, occulte une cause fondamentale de la corruption pour plusieurs personnes: l&#039;exclusion délibérée, actuelle ou historique, de certains groupes sociaux de la participation effective à la société. Il est donc important de s’attaquer à ces aspects de rapports de force à l’origine de l’exclusion en procédant à l’autonomisation des membres les plus pauvres de la société, en l’occurrence les femmes, en tant que moyen de lutter contre la corruption et la faiblesse de la gouvernance économique. On s’accorde à reconnaître que la réalisation de ce processus connaît plus de réussite dans un contexte de démocratisation et d’engagement civique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Assurer l&#039;équité sociale comme un moyen de lutter contre la corruption, exige des réformes de la gouvernance qui autonomisent les groupes pauvres et marginalisés et les autorisent à demander des comptes, qui renforcent en somme l’obligation de rendre compte, ce qui pourrait accroître la motivation des prestataires de services à répondre aux besoins des pauvres. La fourniture de services responsable, à son tour, améliore les recettes publiques en élargissant la marge de manœuvre budgétaire de l’État, car elle encourage les citoyens à payer les impôts. Investir dans le capital social des plus vulnérables est également crucial. Un autre pilier de base de l&#039;effort d&#039;inclusion consiste à garantir la jouissance de droits de propriété et la protection de ces droits. Toutefois, la reconnaissance des droits de propriété est une question complexe car ces droits découlent de plusieurs sources (État, coutumes et les lois religieuses), et l&#039;historique des droits d&#039;accès est généralement fonction des contextes. Les stratégies des réformes juridiques et autres devraient tenir compte de ces complexités pour aider à prendre des dispositions en faveur des groupes marginalisés, à lutter contre la corruption et à élargir l&#039;accès aux services essentiels.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il est important pour l’Afrique de mettre l’accent sur l&#039;importance de mesurer la corruption et de comprendre ses dimensions internationales. Il nous faut remettre en question la définition traditionnelle étroite de la corruption comme étant « l’abus d&#039;une charge publique à des fins privées ». Cette définition met trop l&#039;accent sur la fonction publique et sur la légalité apparente de l&#039;acte, négligeant les tendances à la corruption qui prévalent dans les secteurs privé et non étatique. Les décideurs devraient comprendre l&#039;importance et les implications de la perception de la corruption comme un phénomène plus vaste dans lequel les acteurs privés ont une grande part de responsabilité, et nombre d’actes contraires à l&#039;éthique, qui peuvent être assimilés à la corruption, ne sont pas nécessairement illicites ou ne se sont pas produits dans le secteur public. Par exemple, de nombreuses entreprises privées nationales et étrangères puissantes exercent une influence indue de façon à amener l’État à prendre des politiques, des lois et des règlements à leur avantage. Parfois, ces entités privées, lors des campagnes électorales, apportent des contributions financières qui peuvent paraître légales, mais sapent indûment les fondements de la démocratie. En outre, le favoritisme dont font l’objet des entreprises particulières dans l&#039;attribution des appels d&#039;offres et des marchés publics est une chose courante en Afrique. De même, de nombreuses pratiques de corruption ayant cours sur le continent sont le fait d’acteurs non africains qui les entretiennent également.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On peut faire valoir que le plus grand défi qui se pose au programme de transformation structurelle de l&#039;Afrique n’est pas la corruption telle qu’elle se manifeste dans les scandales des secteurs privé et public, les questions de fraude et de pots de vin pouvant être efficacement réglées grâce à une meilleure supervision et une application plus stricte des règles de gouvernance. En général, les problèmes fondamentaux de la gouvernance économique se situent à un niveau totalement différent - l&#039;incapacité des instances dirigeantes à la fois dans les secteurs public et privé à agir efficacement et à améliorer l’exécution des programmes et à optimiser les résultats. En outre, les cadres réglementaires efficaces devraient établir un équilibre entre la promotion du développement du secteur privé et l&#039;amélioration de la transformation sociale axée sur une meilleure prestation de services. À cet égard, une approche plus étoffée du programme de transformation structurelle devrait être adoptée en mettant l’accent sur des actions qui permettent non seulement de lutter contre la corruption, mais également d’améliorer la gouvernance économique au sens plus large.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans ce contexte, la quatrième édition du Rapport sur la gouvernance en Afrique, publié par la CEA,  exhorte toutes les parties prenantes à repenser les mesures de corruption en général, et dans le contexte africain en particulier. Comme le montre le rapport, cet effort est plus qu’impérieux. Par exemple, les approches actuelles de mesure de la corruption occultent complètement la dimension internationale du phénomène en Afrique. De nombreuses données montrent que les opérations des acteurs étrangers sur le continent sont à l&#039;origine d&#039;importants flux financiers illicites. Ces omissions constituent de graves lacunes dans les mesures actuelles.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;À mon sens, les pays africains et les partenaires devraient se départir des mesures de la corruption uniquement fondées sur la perception du phénomène et mettre l’accent sur d’autres approches, qui sont factuelles et reposent sur des critères quantitatifs plus objectifs et tiennent compte des dimensions internationales de la corruption. Le présent rapport plaide en faveur de ce changement. Dans l&#039;intervalle, alors que les critères quantitatifs possibles continuent d&#039;être explorées, il est nécessaire de veiller à ce que les méthodes fondées sur la perception reposent plus sur des enquêtes plus transparentes et plus représentatives. Ces mesures devraient également être complétées, au besoin, par des indicateurs quantitatifs de pays ou provenant d’études de cas précis de façon à produire des évaluations plus sophistiquées et utiles. Au lieu de « nommer et de couvrir d’opprobre » les coupables sur la base d’un certain niveau de perception, il est nécessaire de mener une réflexion approfondie sur les problèmes de mesure de la corruption en Afrique, en accordant une attention particulière au rôle des acteurs internationaux. Il est également crucial que les décideurs africains et les partenaires se penchent sérieusement sur les grandes questions de gouvernance économique essentielles à la transformation structurelle du continent et au développement durable afin de s’attaquer efficacement au problème de la corruption.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;*Préface du nouveau Rapport de la Commission économique pour l’Afrique consacré à la corruption&lt;/p&gt;&lt;p&gt; (&lt;a href=&quot;http://www.uneca.org/sites/default/files/PublicationFiles/agriv_fre_fin_12april.pdf&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;http://www.uneca.org/sites/default/files/PublicationFiles/agriv_fre_fin_12april.pdf&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Tue, 26 Apr 2016 08:23:26 +0000</pubDate>
 <dc:creator>eskinder.tsegaye</dc:creator>
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 <title>Intégration régionale et unions monétaires en Afrique</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-03-21T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;21 Mars 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/aria5_en_cov3.jpg?itok=1lzsBXWh&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Regional integration and monetary unions in Africa&quot; title=&quot;Regional integration and monetary unions in Africa&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt;Avec plus de 30 millions de kilomètres carrésde terres émergées, l’Afrique est aussi grande que l’Inde, la Chine, les États-Unis et la plus grande partie de l’Europe réunis. Faussée par la projection de Mercator, la superficie qu’on lui donne généralement est plus petite que dans la réalité, presque à l’instar d’autres attributs du continent.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Lorsqu’on se rend compte que la superficie de la République démocratique du Congo à elle seule est à peu près égale à celle de la moitié de l’Union européenne, on pourrait aller jusqu’à prétendre qu’au moins un territoire équivalent est déjà intégré sur le continent. Or il s’avère que même dans tel ou tel pays pris isolément, comme la République démocratique du Congo, l’intégration nationale est une gageure. Il y a seulement 10 ans, le budget de l’État en République démocratique du Congo était inférieur à celui de Bruxelles. Au fond, le fait est que l’Afrique a encore beaucoup de chemin à faire !&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans toutes les régions et contrées de la planète, la réalité de l’intégration en dit long sur les nombreuses difficultés rencontrées en la matière. L’Afrique ne déroge pas à la règle. Même l’Union européenne, considérée comme l’entreprise d’intégration la plus aboutie, commence à éprouver de sérieuses difficultés et à manifester d’importantes faiblesses, notamment en ce qui concerne la zone euro.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’histoire des unions monétaires est plus longue en Afrique qu’en Europe, la taille de l’Union monétaire européenne et les problèmes qu’elle a rencontrés depuis la crise financière de 2008-2009 fournissent de précieux enseignements que peuvent exploiter les unions monétaires existantes ou en projet en Afrique. L’Europe a travaillé dur pour consolider son marché unique et parvenir à un haut degré d’intégration commerciale avant la création de l’euro. De plus, les pays de la zone euro ont construit avec le temps un impressionnant faisceau de mécanismes, d’institutions et  de règlements.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’un des enseignements essentiels que l’Afrique peut tirer de l’expérience de l’Union européenne est que le cadre institutionnel doit être de nature à stimuler les échanges commerciaux régionaux. Un autre en est l’importance de la stabilité des politiques macroéconomiques. La survie et la stabilité de toute union sont en péril dès lors qu’il existe entre ses pays membres de grands écarts dans le respect de la discipline budgétaire. L’expérience de la zone euro souligne également la nécessité pour les pays qui s’apprêtent à participer à une union monétaire de disposer d’un mécanisme crédible et réaliste de transfert budgétaire qui leur permettrait de répondre aux chocs asymétriques et de s’y adapter. En l’absence d’un mécanisme de cette nature, toute union monétaire risque de subir des pressions considérables lorsque ses membres sont frappés par de tels chocs. Il est cependant à craindre que l’adoption de critères de convergence stricts ne réduise la marge de manœuvre dont les décideurs disposent pour affronter les problèmes de développement actuels et ceux qui se profilent à l’horizon.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;On ne saurait trop insister sur l’intérêt de l’harmonisation des politiques monétaires, budgétaires et financières dans le cadre de l’intégration économique. Selon la littérature spécialisée, toute union monétaire se caractérise par deux éléments : une union de taux de change, c’est-à-dire une zone à l’intérieur de laquelle les taux de change sont en permanence fixes entre les diverses devises, et la convertibilité, qui s’entend de l’absence permanente de tout contrôle de change dans une zone donnée, que ce soit sur les opérations courantes ou sur les opérations en capital.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’après Robert Mundell, lauréat du prix Nobel d’économie, le degré de mobilité des facteurs dans une union monétaire est de la plus haute importance. La main-d’œuvre et les biens d’équipement y circulant librement d’un pays à l’autre, il est facile que les facteurs se déplacent vers des zones où ils peuvent être rémunérés au mieux pour les services rendus. Une des conditions fondamentales en est la présence d’au moins une devise convertible à l’intérieur de l’union.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les communautés économiques régionales d’Afrique ambitionnent de créer des unions monétaires dans le cadre de leurs programmes d’intégration généraux. En Afrique, certains pays partagent une même monnaie de longue date. Par exemple, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) compte huit pays utilisant le franc CFA, qui avait précédemment une parité fixe avec le franc français et est maintenant arrimé à l’euro. La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) regroupe six autres pays où circule le franc CFA. Le Lesotho, la Namibie et le Swaziland ont une monnaie liée au rand sud-africain par une parité fixe, ce qui veut dire en quelque sorte que ces pays partagent la même politique monétaire. La part des pays appartenant à ces trois blocs dans le PIB de l’Afrique est considérable.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Un des principaux objectifs qui sous-tendent la volonté de créer des unions monétaires en Afrique est de renforcer l’intégration régionale, en particulier le commerce et les investissements intra-régionaux. Les échanges commerciaux intra-africains se chiffrent à environ 16 % en moyenne, contre 21 % pour l’Amérique latine et les Caraïbes, 50 % pour l’Asie et 70 % pour l’Europe.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’administration de 54 pays souverains disposant d’une panoplie de politiques nationales et d’appareils étatiques inefficaces requiert des frais généraux considérables qui viennent grever des économies africaines fragiles et peu diversifiées reposant sur la production primaire. Selon une étude menée sur les progrès accomplis vers la convergence macroéconomique dans les communautés économiques d’Afrique, des avancées existent effectivement, mais elles sont généralement insuffisantes par rapport aux objectifs fixés dans les programmes d’intégration monétaire de ces communautés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Si l’Afrique était une entreprise, les frais de gestion de ce type de structure seraient peu compétitifs. Le coût d’administration d’une structure de production si fragmentée est vraiment trop élevé pour que l’Afrique se le permette ou le supporte. Par conséquent, le rôle de l’intégration régionale dans la promotion des échanges commerciaux intracommunautaires, la croissance, le développement et la cohésion sociale et politique est incontestable. La conclusion évidente qui en découle est que l’Afrique doit s’employer à former un tout cohérent (ou, pour emprunter le jargon des entreprises, procéder à sa rationalisation et à la fusion de ses États) afin de réduire ses frais généraux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Or le débat sur l’intégration porte principalement sur ses dimensions politiques et l’idéal suprême panafricain. Depuis le début du siècle, l’Afrique a rompu le cycle du désespoir et commencé à se bâtir un avenir prometteur par une croissance économique rapide et forte. Le temps est venu de passer à un débat et un point de mire plus techniques, en partie pour rendre ces nobles idéaux politiques plus crédibles, mais aussi parce que le monde évolue trop vite pour attendre les retardataires beaucoup plus longtemps. Le grand défi qui attend encore l’Afrique consiste à accélérer le rythme de sa transformation structurelle et à la mener à bonne fin. De fait, la majorité des pays africains continuent à s’efforcer de diversifier leurs économies, qui ne reposent que sur un nombre restreint de secteurs.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour assurer les pièces maîtresses de la transformation structurelle de l’Afrique  susmentionnées, il faudra veiller à mettre en place un cadre de politique macroéconomique approprié, étayé par une stratégie de développement de longue durée qui facilite la transformation des structures économiques et sociales et crée une boucle de rétroaction positive entre les investissements et la croissance. Ce cadre de politique macroéconomique visant à réaliser la transformation structurelle du continent doit comporter cinq principales composantes : i) augmenter les investissements publics et mettre en place des biens collectifs supplémentaires, ii) assurer la macrostabilité pour attirer les investissements privés et les pérenniser, iii) coordonner les politiques d’investissement et les autres politiques de développement, iv) mobiliser des ressources et réduire à la longue la dépendance vis-à-vis de l’aide, v) assurer la viabilité budgétaire par la légitimité budgétaire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Dans toute réflexion sur les unions monétaires dans le cadre de l’Afrique, ces facteurs de transformation essentiels ne doivent pas être considérés comme des éléments facultatifs. Il faut que les communautés économiques régionales y prêtent attention, sinon elles risquent de ne pas être prises au sérieux sur les objectifs ambitieux susmentionnés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Se référer à mon allocution au Africa Training Institute du Fonds monétaire international, prononcé le 8 mars 2016 à l’Île Maurice.&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Mon, 21 Mar 2016 07:37:47 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Abraham.Tameru</dc:creator>
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 <title>Ils ne croient pas en l’avenir !</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-02-25T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;25 Février 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/african-currencies.png?itok=CycjNFte&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Ils ne croient pas en l’avenir !&quot; title=&quot;Ils ne croient pas en l’avenir !&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;À n’en pas douter, l’effet domino de la forte réduction de leurs taux d’intérêt par cinq banques centrales – à savoir celle du Danemark, celle de la Suisse, la Banque centrale européenne, la banque du Japon et, plus récemment, celle de la Suède – pour les ramener à des niveaux négatifs a fait frissonner plus d’un. Considérée comme une tentative désespérée pour stimuler la croissance en encourageant les dépenses et pénalisant l’épargne, l’instauration de taux d’intérêt négatifs s’explique en fait beaucoup plus par la non-viabilité d’un modèle de dépenses publiques conçu pour une courbe démographique qui n’existe plus. On voit apparaître aujourd’hui une population vieillissante comprenant un nombre insuffisant de personnes actives. De plus, celles-ci n’ont qu’une faible productivité. Cela étant, le monde semble étreint par la peur psychologique d’une autre crise mondiale de la dette qui se profile à l’horizon, ce qui n’est guère surprenant. En effet, les analystes et les autorités politiques refusent de discuter de l’évolution de la population, la réalité étant très difficile à concilier avec le populisme et leurs intérêts de courte durée.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Depuis une dizaine d’années, la croissance semble se déplacer vers les économies émergentes, mais tout à coup les pays membres des BRICS – à une exception près, à savoir l’Inde – se sont engouffrés dans les mêmes modèles auxquels ils s’opposaient. Ce n’est donc pas par hasard que ces pays eux aussi, à l’exception de l’Inde justement, vont voir diminuer leur population active dans un proche avenir.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Dans ce tourbillon, la croissance devra cependant venir de quelque part. En Afrique, elle est tirée par des investisseurs qui recherchent de gros bénéfices et des débouchés qu’offrent un certain nombre de grandes tendances, notamment le nombre appréciable des consommateurs qui sera presque égal à celui de l’ensemble de la population des Amériques et de l’Europe à l’horizon 2025, la progression de la classe moyenne conjuguée à une urbanisation rapide qui engendre des consommateurs enthousiastes dont les dépenses devraient s’élever à environ 1 000 milliards de dollars à l’horizon 2020 et l’existence d’une population jeune qui constituera plus d’un quart de la population active mondiale à l’horizon 2050.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En plus des réformes que l’Afrique a entreprises, son secteur financier est parvenu à maturité et suscite dès lors un grand intérêt pour ses obligations souveraines, lesquelles sont aujourd’hui au cœur de la réflexion sur la viabilité de la dette du continent. Cette évolution, en particulier, fait naître des rumeurs sur l’imminence d’une nouvelle crise de la dette en Afrique. Selon sa définition communément admise, la viabilité de la dette s’entend de la possibilité pour un pays de s’acquitter de ses obligations présentes et futures en matière de service de la dette en entier sans recourir à des mécanismes d’allègement de celle-ci, sans solliciter son rééchelonnement ou sans accumuler d’arriérés.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Il importe de replacer l’endettement antérieur de l’Afrique dans son contexte. Contrairement à l’idée répandue que beaucoup voudraient faire admettre, le surendettement que l’Afrique a connu autrefois n’était pas seulement le fruit de la mauvaise gouvernance, de la corruption ou des conflits qui y régnaient. Il était également dû à la géopolitique de la guerre froide, à la médiocrité des politiques budgétaires des pays industrialisés, à leurs taux d’intérêt réels négatifs qui incitaient les pays en développement à emprunter avec frénésie, ainsi qu’à la facilité d’accès au crédit – en particulier pour les pays exportateurs de pétrole – qui, à la lumière des événements ultérieurs, aidait vraisemblablement les pays industrialisés à s’adapter aux deux chocs pétroliers des années 70. Une interminable récession mondiale est venue provoquer l’effondrement des marchés et des cours des produits de base. Les fluctuations des taux de change ont fait gonfler les dettes de l’Afrique libellées en dollar. Comme si ce cocktail explosif ne suffisait pas, les politiques protectionnistes en vigueur sur les marchés mondiaux ont entravé les efforts de l’Afrique pour échapper au piège de l’endettement. La charge du service de la dette étant devenue trop lourde, un cercle vicieux s’est créé : les pays africains contractaient de nouveaux prêts pour rembourser les anciens. De fait, ils dépensaient plus pour assurer le service de la dette que pour toute autre catégorie de frais ou d’investissement. En 2012, ils consacraient encore environ 10 % de leurs recettes d’exportation au service de la dette extérieure, ce qui constituait une amélioration par rapport aux plus de 40 % des années 90.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Chose intéressante, le ratio de la dette extérieure totale au PIB du continent est en fait en baisse depuis le consensus de Monterrey de 2002 qui a enclenché le processus d’allègement de la dette par l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (initiative PPTE) et l’initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM). Grâce à ces deux mécanismes, la dette extérieure de 35 pays africains a été annulée à hauteur de 100 milliards de dollars.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;La dette extérieure totale de l’Afrique dépasse 30 % de son PIB depuis 2010 et, selon les projections, devait atteindre 37,1 % avant la fin de 2015. Toutefois, le ratio de la dette extérieure nette au PIB n’est que de 1 %, ayant même été négatif depuis 2006 en raison des réserves internationales de l’Afrique&lt;a href=&quot;#sdfootnote1sym&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. Par exemple, celui de l’Algérie se chiffre en moyenne à -82,3 % depuis 2010.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En ce qui concerne le ratio de la dette publique totale au PIB de l’Afrique, les chiffres stagnent au-dessus de 30 % depuis 2006 et ont progressivement augmenté entre 2010 et 2014. Évalué à 38 % en 2014&lt;a href=&quot;#sdfootnote2sym&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;, le ratio reste quand même plus faible qu’au cours des décennies précédentes. En outre, ce niveau d’endettement est comparable à celui d’autres pays en développement et bien inférieur à celui des économies avancées. Par exemple, la dette totale des pays membres de l’OCDE s’élevait à près de 80 % de son PIB en 2008 et était censée atteindre 111,2 % en 2015&lt;a href=&quot;#sdfootnote3sym&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. Avec un ratio PIB/endettement de 230 %, le Japon est le pays le plus endetté du monde.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;D’où vient alors que d’aucuns parlent de pression de la dette ?&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Avant 2009, les obligations souveraines émises par les pays africains étaient négligeables. Aujourd’hui, leur montant s’élève à plus de 18 milliards de dollars. Ce chiffre ne revient cependant pas à dire que des gouvernements incompétents sont en train d’accumuler des dettes à des niveaux intenables, mais plutôt que des emprunteurs raisonnables profitent de la faiblesse des taux d’intérêt pour financer leur croissance. Le mal a été de ne pas tenir compte de la volatilité des taux de change et des marchés des changes. Les États africains devraient perdre jusqu’à 10,8 milliards de dollars, soit l’équivalent de 1,1 % du PIB de la région, sur les obligations souveraines qu’ils ont émises en 2013 et 2014, principalement à cause des risques de change.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;L’évolution des fondamentaux macroéconomiques, tels que l’effondrement des cours des produits de base, peut aussi influer considérablement sur la dette souveraine&lt;a href=&quot;#sdfootnote4sym&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;4&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;. Celle-ci est tirée par les politiques monétaires asynchrones des économies avancées et puissantes. Tout défaut de paiement est toujours périlleux. En effet, si les États peuvent remettre des dettes, les investisseurs privés ne le font certainement pas et fixent des conditions plus rigoureuses pour faire en sorte que les échéances soient respectées. Il n’existe aucun mécanisme cohérent permettant de gérer de futures crises de la dette souveraine. Les mécanismes propres aux divers créanciers qui ont été utilisés pour faciliter les restructurations de la dette par le passé n’existent plus. Certes, le FMI a proposé un mécanisme de restructuration de la dette souveraine il y a plus de 10 ans, mais il n’existe toujours pas d’accord international sur ce sujet. Tout le monde s’accorde à dire que les règles en vigueur sont trop favorables aux créanciers, mais que la meilleure solution ne serait pas de pousser à la conclusion d’un accord international trop favorable aux emprunteurs. Tout accord mondial devrait donc établir un juste équilibre entre les créanciers et les emprunteurs&lt;a href=&quot;#sdfootnote5sym&quot; class=&quot;sdfootnoteanc&quot;&gt;&lt;sup&gt;5&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;En fin de compte, l’endettement va s’aggraver dans les pays ayant un faible niveau de discipline budgétaire et ceux qui empruntent excessivement, mais ne pensent guère aux remboursements. Chaque État doit renforcer ses capacités de gestion de la dette et être soumis à l’obligation de rendre compte de l’emploi des fonds empruntés. À cet effet, tout projet d’emprunts nouveaux doit être examiné dans le cadre d’une stratégie générale de gestion de la dette souveraine à moyen terme.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Enfin, il y a lieu de faire preuve de souplesse dans la fixation des plafonds de la dette et l’évaluation de celle-ci. Les pays africains ne doivent pas être soumis à des contraintes ou des privations excessives. La viabilité de la dette ne peut être assurée que si toutes ses composantes sont traitées de façon globale lors de sa restructuration et si un mécanisme clair est mis en place pour amener toutes les parties prenantes à trouver un consensus sur les moyens de combler les failles de l’architecture financière. Il sera difficile aux pays riches de l’accepter, à moins qu’ils ne s’attaquent à leurs problèmes structurels réels créés par le vieillissement de la population.&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Si la solution consiste à payer les banques pour qu’elles conservent l’argent, les pays de l’OCDE montreront qu’ils ne croient pas en l’avenir. L’Afrique ne peut s’offrir ce luxe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;Cet article est paru en ligne sur NotreAfrik magazine le 23 février 2016 &lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;http://www.notreafrik.com/tribune-ils-ne-croient-pas-en-lavenir/&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;http://www.notreafrik.com/tribune-ils-ne-croient-pas-en-lavenir/&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#sdfootnote1anc&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;/sup&gt; Communauté économique pour l’Afrique (2015), &lt;em&gt;L’industrialisation par le commerce&lt;/em&gt;, CEA, Addis-Abeba.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#sdfootnote2anc&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;/sup&gt; Données de l’Economist Intelligence Unit (2016).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#sdfootnote3anc&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;/sup&gt;&lt;em&gt;Global Finance Magazine&lt;/em&gt;, &lt;br /&gt;&lt;a href=&quot;https://www.gfmag.com/global-data/economic-data/public-debt-percentage-dp?page=2&quot; target=&quot;_blank&quot;&gt;https://www.gfmag.com/global-data/economic-data/public-debt-percentage-dp?page=2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#sdfootnote4anc&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;/sup&gt; Hilscher, J. et Y. Nosbusch (2010), &lt;em&gt;Determinants of Sovereign Risk: Macroeconomic Fundamentals and the Pricing of Sovereign Debt&lt;/em&gt;, London School of Economics, Royaume-Uni.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p class=&quot;sdfootnote&quot;&gt;&lt;a href=&quot;#sdfootnote5anc&quot; class=&quot;sdfootnotesym&quot;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;sup&gt;&lt;/sup&gt; Ibid.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Thu, 25 Feb 2016 13:19:07 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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 <title>Les conflits naissent des inégalités et de l’exclusion</title>
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 <description>&lt;div class=&quot;field field-name-field-publishing-date field-type-datetime field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;span  property=&quot;dc:date&quot; datatype=&quot;xsd:dateTime&quot; content=&quot;2016-02-01T00:00:00+03:00&quot; class=&quot;date-display-single&quot;&gt;1 Février 2016&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-field-blog-image field-type-image field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot;&gt;&lt;img typeof=&quot;foaf:Image&quot; src=&quot;https://archive.uneca.org/sites/default/files/styles/blog_post/public/BlogImage/inequality_sro-sa.jpg?itok=NVkVE-db&quot; width=&quot;330&quot; height=&quot;245&quot; alt=&quot;Les conflits naissent des inégalités et de l’exclusion&quot; title=&quot;Les conflits naissent des inégalités et de l’exclusion&quot; /&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-items&quot;&gt;&lt;div class=&quot;field-item even&quot; property=&quot;content:encoded&quot;&gt;&lt;p&gt; &lt;/p&gt;&lt;p&gt;LES CONFLITS NAISSENT DES INGÉALITÉS ET DE L’EXCLUSION&lt;a href=&quot;#_ftn1&quot; title=&quot;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;strong&gt;[1]&lt;/strong&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pendant un temps, notre enthousiasme face aux bons résultats économiques du continent a eu un effet contagieux à l’origine d’une certaine paresse chez nombre d’entre nous. C’était comme si la voie vers un nouveau statut du continent était toute tracée, même si nous étions quand même tous occupés par l’adoption de nombreux cadres et stratégies, centrés sur la nécessité d’une réelle transformation structurelle. Malheureusement, il est temps de revenir à la réalité. La résurgence de conflits, associée à la chute de la demande et des cours des produits de base, dont le pétrole, la forte volatilité des devises, la hausse des taux d’intérêt et l’essoufflement de locomotives économiques clefs, ainsi que le retour dévastateur du phénomène détesté d’El Niño, domine une fois de plus le discours sur l’Afrique. Tâchons de mettre les choses au point.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les paramètres fondamentaux de nos perspectives économiques sont bien là et ils n’ont pas changé. Nous continuons d’enregistrer les taux les plus élevés de croissance dans un contexte de récession mondiale. Nos réserves internationales ont certes connu une baisse, mais cela doit être mis en regard d’autres éléments: les niveaux de dette sont toujours bas à l’échelle internationale, les déficits publics restent sous contrôle, et les investissements en provenance de plusieurs sources – certes, pas de toutes. Des sommets tenus récemment avec l’Inde et la Chine, nos deux équivalents démographiques, ont apporté la preuve de la confiance dans notre avenir. La majorité des projets d’infrastructure n’a pas été touchée, qu’il s’agisse du nouveau canal de Suez, du plus gros barrage du monde en Éthiopie ou de fermes solaires d’envergure mondiale dans trois pays. En ce qui concerne l’économie, les nouvelles sont en réalité meilleures que celles que le plus grand nombre ne pourrait espérer. Où sont alors ces facteurs clefs qui ont fait retomber le discours dominant dans le passé ?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il s’agit clairement d’une combinaison de deux facteurs: la perception d’une certaine fragilité et l’absence d’une transformation structurelle plus poussée, entendue comme la nécessité de parvenir à la fois à une productivité agricole supérieure, l’ajout de valeur aux ressources naturelles, la modernisation des services en lien avec l’explosion urbaine et le boom démographique des jeunes, sous l’effet moteur d’une industrialisation vigoureuse. C’est là tout l’objet de l’Agenda 2063.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Des changements réels doivent être observes pour que l’Afrique jouisse d’un tout autre récit. C’est une occasion pour examiner une partie du discours sur le continent qui fait moins l’objet d’analyses stratégiques par les Africains eux-mêmes: les causes des conflits.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Entre les premières heures de la journée du 11 avril et la fin d’après-midi du 14 mai 1994, 50 000 Rwandais ont été tués à la machette par leurs voisins sur les collines de Nyamata. Soit une fraction seulement de ce qui est aujourd’hui considéré comme le plus grand génocide depuis la Seconde Guerre mondiale. Un génocide qui a coûté la vie à des centaines de milliers de Rwandais. Cette effroyable réalité nous oblige à comprendre comment cela a été possible. L’un de ceux qui ont pris part à ces tueries effroyables a raconté : « La règle numéro un était de tuer. La règle numéro deux… il n’en existait pas&lt;a href=&quot;#_ftn2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt;».&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Comment reconnaître ces terroristes qu’on appelle Al Shabbab, Boko Haram ou autres groupes qui commettent des carnages en République centrafricaine ou au Soudan du Sud et discerne-t-on un même code de conduite? Tuer sans remords? Y parvenir comme si c’est un métier qui vaut mieux que cultiver ou survivre à la périphérie, et s’offrir ensuite un bon verre et rire de la panique provoquée et de l’attention des médias. Comment cela peut-il se produire? Comment cela peut-il continuer à se produire?&lt;/p&gt;&lt;p&gt;D’énormes écarts dans la répartition et l’exercice du pouvoir politique et économique engendrent des conflits violents, en l’absence de mécanisme politique visant à s’attaquer aux inégalités, ou en raison de l’échec de tels mécanismes. Les inégalités entre groupes, plutôt qu’entre individus, sont sans doute la première cause de conflits en Afrique. Elles se manifestent sur trois niveaux, qui se renforcent mutuellement: économique, social et politique. Des groupes relativement défavorisés cherchent réparation, ou sont persuadés par leurs dirigeants de le faire. Les groupes privilégiés peuvent aussi être encouragés à se battre pour préserver leurs privilèges. Les inégalités horizontales, lorsqu’elles sont marquées, systématiques et qu’elles augmentent avec le temps, sont les plus susceptibles de mener à des conflits. L’exclusion, qui est la forme extrême de l’inégalité, constitue l’un des principaux facteurs à l’origine des conflits. L’exclusion des jeunes mérite une attention particulière. L’existence de jeunes non instruits et au chômage est une caractéristique commune aux pays qui ont connu des conflits. Cette fraction de la population marginalisée et exclue figure au premier plan pendant le conflit, dans les rangs des combattants, et est moins visible en temps de paix.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Très souvent, les régions les plus riches en minéraux, en pétrole et en gaz et qui contribuent le plus au revenu national sont les plus pauvres du point de vue du développement social et du bien-être général. L’effondrement des institutions de l’État, qui se traduit par son inefficacité et son incapacité de fournir des services de base ou de garantir la sécurité, s’est avéré un facteur déclenchant important des conflits. La stabilité sociale est fondée sur un contrat social hypothétique entre les citoyens et l’État. Les gens acceptent l’autorité de l’État aussi longtemps que celui-ci fournit des services et procure des conditions économiques raisonnables. Avec la stagnation économique, le déclin ou la dégradation des services étatiques, le contrat social s’effondre et des violences sont susceptibles de se produire. La destruction des infrastructures achève de saper l’autorité de l’État. L’effondrement des institutions et des infrastructures matérielles, conjugué à l’utilisation de la violence ethnique, créé des conditions dans lesquelles la violence s’auto-entretient. Des éléments semblent indiquer que l’incidence du conflit est plus élevée dans les pays qui affichent des bas niveaux de revenu par habitant et d’espérance de vie et présentent de piètres opportunités économiques.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sur les 54 États que compte l’Afrique, seuls huit n’ont pas connu de conflit armé ou violent depuis leur indépendance.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La guerre procure des avantages à certains et engendre des coûts qui peuvent motiver les gens à se battre. Les jeunes sans instruction, en particulier, peuvent obtenir un emploi comme soldat. La guerre offre également des occasions pour piller, tirer un profit des pénuries et de l’aide, du commerce des armes, et pour se livrer à la production et au commerce illicites du pétrole, ainsi qu’au trafic de stupéfiants, de diamants, de bois et d’autres matières premières. Lorsque les solutions de rechange sont peu nombreuses, du fait de la faiblesse des revenus et de la précarité des emplois, et que les possibilités d’enrichissement par la guerre sont considérables, l’incidence d’une guerre est susceptible d’être plus importante et sa durée plus longue. Cette « hypothèse de la cupidité » trouve son fondement dans la théorie des choix rationnels en matière d’économie. Très souvent, les dirigeants politiques s’emploient à délibérément « revisiter l’Histoire » afin de faire renaître ou de renforcer les identités culturelles dans la conquête du pouvoir et de la prise de contrôle des ressources, et justifient le recours à la violence par l’intérêt économique.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La pression sur l’environnement peut être un sérieux catalyseur de la violence, surtout lorsque les gens cherchent des solutions à des situations désespérées, lorsque les richesses en ressources constituent pour des groupes particuliers de fortes motivations pour vouloir en prendre le contrôle. Cette situation est exacerbée par des transactions commerciales et financières illicites qui privent le continent de plus de cinquante à soixante milliards de dollars par an.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Les résultats montrent que la performance économique des zones de conflit est en moyenne de 10 % inférieure à celle des zones sans conflit dans la plupart des catégories de performance du PIB. Une étude estime à 284 milliards de dollars (au taux de change constant de 2000) les pertes subies par 23 pays africains entre 1990 et 2005. Ce chiffre représentait alors une perte annuelle moyenne de 15 % de leur PIB. L’analyse régressive révèle une perte de croissance du PIB d’environ 2,2 % due aux conflits. En raison de l’interdépendance des économies africaines, les coûts de la guerre au sein d’une sous-région se traduisent généralement par des coûts économiques pour les pays voisins. Ces coûts comprennent les pertes de production consécutives aux pertes d’occasions à saisir résultant des migrations, les pertes commerciales, l’augmentation des coûts de sécurité et de maintien de l’ordre, ainsi que les coûts de l’aide apportée aux réfugiés.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Au Niger, la croissance du PIB réel s’est ralentie, s’établissant à 3,6 % en 2013, après une hausse de 11,1 % en 2012. Au Mali, la série d’événements causés par le déclenchement du conflit et la dégradation de la sécurité en 2012 ont conduit à une baisse d’au moins 30 % des ressources et dépenses publiques. En République démocratique du Congo, les investissements intérieurs en pourcentage du PIB ont fortement chuté, ramené de 31,6 % en 1997 à 17,7 % en 1998, et ont atteint leur niveau le plus bas, 2 %, en 2000. La production de pétrole en Libye est passée à moins de 400 000 barils par jour, contre environ 1,7 million de barils par jour avant le conflit armé. En conséquence, le PIB s’est contracté d’environ 24 % en 2014. Les comptes publics devraient afficher un déficit d’environ 80 % du PIB en 2015, celui du compte courant dépassant 60 % du PIB.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Le message est sans équivoque. La priorité pour l’Afrique consiste à s’attaquer de toute urgence aux causes des conflits, sinon tout le monde paiera le prix lié à la perception de la fragilité. Il est vrai que les pays d’Europe, d’Asie ou d’Amérique n’ont été stabilisés qu’après de longues guerres provoquées par les mêmes ingrédients de l’exclusion. Ces pays ont évolué, parvenant par la suite à mettre en place des institutions plus solides, des marchés réglementés et à créer une situation plus stable en termes de sécurité. Mais il est aussi vrai qu’à cette époque, il n’y avait pas de couverture universelle en matière de téléphonie ou de médias mondiaux. Un continent connaissant plus de conflits et de personnes touchées que l’Afrique actuellement continue d’être caractérisé par le progrès et le changement: je parle de l’Asie. Si l’Afrique veut en faire de même, il lui faudra plus d’audace, un cadre de sécurité commun, et elle devra honnêtement accepter de relever les défis que sont l’exclusion et la gestion de la diversité. C’est en effet la seule façon de lutter contre les perceptions fortement ancrées.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La règle n°1 – de tuer – sans qu’il y ait une règle n°2 reste une cause de mobilisation encore beaucoup trop importante sur le continent. L’Afrique a besoin de se concentrer sur le « pourquoi » et ne pas laisser cette mentalité de virus annihiler les réalisations des quinze dernières années.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pour comprendre le phénomène, nous pouvons nous inspirer de l’évolution d’un virus. Un virus est essentiellement un micro-agent infectieux qui se reproduit uniquement à l’intérieur des cellules vivantes d’autres organismes. Les virus peuvent infecter toutes les formes de vie. Lorsqu’ils ne sont pas à l’intérieur d’une cellule infectée ou en train d’infecter une cellule, les virus existent sous forme de particules indépendantes. Ils se propagent de plusieurs façons différentes, mais ont un mode opératoire. On sait qu’un virus peut venir de très loin.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;La bonne nouvelle est que les infections virales chez les êtres humains provoquent une réponse immunitaire qui élimine généralement le virus à l’origine de l’infection. Les réponses immunitaires peuvent également être induites par des vaccins qui confèrent une immunité acquise artificiellement contre une infection virale donnée.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Soit l’Afrique a déjà une forte immunité pour lutter contre les effets viraux de ces groupes terroristes, de par la force de ses institutions et de ses capacités, soit elle doit développer de toute urgence un vaccin pour se prémunir des dégâts causés par ces groupes. Un tel vaccin pourrait s’appeler « antidote à l’exclusion ».&lt;/p&gt;&lt;div&gt;&lt;br clear=&quot;all&quot; /&gt;&lt;hr align=&quot;left&quot; width=&quot;33%&quot; size=&quot;1&quot; /&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref1&quot; title=&quot;&quot;&gt;[1]&lt;/a&gt; Se referrer à mon discours prononcé lors de la 26ème session du Conseil exécutif de l’Union africaine du 25 janvier 2016, à Addis-Abeba&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&quot;#_ftnref2&quot; title=&quot;&quot;&gt;[2]&lt;/a&gt; Voir Jean Hatzfeld, &lt;em&gt;Une saison de machettes&lt;/em&gt;, Seuil, 2003.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;</description>
 <pubDate>Mon, 01 Feb 2016 06:35:21 +0000</pubDate>
 <dc:creator>Minilik.Demissie</dc:creator>
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